04/07/2009

Pas de panique

Les travaux avancent à un rythme assez chaotique. Nous avons détruit, arraché, sorti tout ce qui pouvait l'être. Et derrière les parois apparaissent les surprises. Surprises qui n'en sont pas puisque nous nous avions budgeté quelques réparations supplémentaires. Nous avons profité de cette mise à nue pour refaire intégralement l'installation électrique. C'est certainement le domaine le plus inquiétant en matière de construction chilienne. Une des maisons qui nous intéressait a pris feu récemment dans la cuisine. Après enquête de notre électricien, il s'est avéré que les ouvriers avaient changé au dernier moment les câbles pour des plus fins empochant la différence. C'est très courant ici. Une des règles d'or des chantiers est de n'amener que le matériel nécessaire pour la journée et de vérifier qu'il est bien utilisé et non pas son erzatz moins cher et de moindre qualité. Même si nous avons raisonnablement confiance dans nos ouvriers, nous multiplions les contrôles sans prévenir, ce qui nous a permi de remettre dans le rang un tire-au-flanc.

Nous sommes passés par des phases de doute extrême cette dernière semaine. C'était la pire configuration, la maison était de plus en plus nue tandis que nous dépensions de plus en plus d'argent en matériel. Cette phase est passée, les sols sont nivelés et lissés, le sable s'est transformé en béton et tous les câbles sont entrés dans leurs tubes. Désormais nous allons faire pouvoir choisir les détails de décoration.

Calina enfle de plus en plus et continue de se découvrir une maladie incurable par jour. J'essaie d'être le plus agréable possible mais je commence à avoir hâte qu'elle parte en congé maternité pour ne plus l'entendre se plaindre. Les hypocondriaques ont un effet très irritant sur mon système nerveux. Un peu comme la goutte d'eau du supplice chinois. Heureusement, j'arrive à cacher mes pensées derrière un agenda très très chargé.

Et puis notre vieille folle de propriétaire a décidé de revenir à la charge. Elle exige, trépigne, tempête que nous payions le loyer complet avec les égouts dans le jardin à la vue et des seaux pour récupérer l'eau dans chaque pièce. Après l'avoir prévenue, nous avons porté plainte chez les carabiniers et auprès des services de santé municipaux. Nous attendons de pied ferme l'inspecteur et il y a fort à parier que nous allons tout droit vers un nouveau procès.

02/07/2009

Paroles de lecteurs

Mon mari n'est pas un lecteur fidèle. Il faut dire qu'il ne lit qu'en Anglais et je n'irai pas jusqu'à dire que la langue de Byron est proscrite sur mon blog mais on n'en est pas loin. De plus, Olivier ne lit pas de fiction. Il lit "sérieux" et vit avec une femme qui s'est juré le jour de la remise de son DEA de ne plus jamais ouvrir un essai de sa vie ! Et quand je vous parle de lectures sérieuses, je ne badine pas : il dévore des bibliographies sur la constitution des Etats-Unis. Si si et il me commente ses lectures. Je mérite un césar quant à mes prestations de haut vol sur le sujet, vous pouvez me croire....

Evidemment passer des pères fondateurs à la prose de sa femme, la chute est abyssale. Je le soupçonne également de ne m'avoir jamais pardonnée de l'avoir devancé quelques trimestres en Français au lycée. Reconnaissons à sa décharge qu'il connaît l'histoire d'avance et qu'il me lit en diagonale craignant de sévères représailles. Je pense qu'il anticipe également mes longues périodes de doutes et les questions que je lui pose.

Petite cession hier au déjeûner. Je lui demande ce qu'il pense de mon écriture. Des fois je devrais me souvenir qu'on ne pose des questions que si l'on souhaite écouter les réponses. Invariablement, il me donne la même lecture. Il trouve l'ensemble laconique voire sybillin. Il semblerait que, volontairement, je ne facilite pas la lecture occasionnel. Il faut travailler pour te comprendre même moi qui, pourtant, connaît bien le sujet ! Sa réponse me travaille, je la rumine en chemin. Nous croisons toute une file d'ouvriers qui transportent un tuyau. Ils ont un code à chaque coup de sifflet ils avancent de deux pas. Le dernier tout au bout du tuyau n'y voit goutte. Et, pourtant à chaque coup de sifflet il avance confiant. Tu vois et si c'était ça ma vision de la vie. Finalement j'avance dans le noir. Je ne peux pas expliquer ce que j'ignore, et le fil se déroule poste après poste. Peut-être me répond-il. Et c'est moi qui suis qualifiée de sybilline....


01/07/2009

Silence on tourne

Je n'en reviens pas de l'onde de choc provoquée par la mort d'un chanteur pop depuis longtemps ringard et aux limites de l'abjection avec son goût un peu trop prononcé pour les petits garçons. Eloïse a vu d'un coup tous les clips de sa carrière à l'école. C'était étrange, il devenait de plus en plus blanc. Tu vois maman les zombies existent vraiment. Hum admettons. Calina fait des cauchemars. J'ai été plus marquée que par la mort de mon beau-père il y a deux semaines. C'est limite eut égard au dit feu beau-père mais hum admettons.

Enfin nous pouvons rallumer la télé, on ne parle plus de lui. J'espérais avoir râté les funérailles mais il semble que le show prenne du temps à organiser. Mickael Jackson est enfin mort. Avec lui la révolution iranienne. Aux yeux des twitteurs du monde entier la mort d'une enfant de 16 ans d'une balle en plein coeur ne fera jamais le poids face au king de la pop. Bienvenue dans la soupe médiatique petite. Il nous aura fallu une chute d'avion (c'est dangereusement fréquent en ce moment), une catastrophe ferroviaire, un chef d'état viré de son pays et l'âge de la retraite française qui se rapproche de l'infini pour que le monde entier se souvienne qu'il continue de tourner. J'ai failli oublier ce bon Bernard qui nous a fait la grâce d'emmener avec lui en prison pour 150 ans la salissure des marchés boursiers.  Souriez citoyens vous pouvez réinvestir les marchés sont sûrs désormais le méchant est à l'écart. Les incompétents courent toujours hélas. Je ne vais la laisser allumée très longtemps cette télé finalement...

26/06/2009

Ciao Farrah

Farrah_rip

25/06/2009

Bande de gogos

Encore une réunion de parents d'élèves aujourd'hui. Non respectons le concept : un petit-déjeûner rencontre. Censée être la seule mère à ne pas posséder un véhicule, j'ai pris de l'avance. J'émerge du brouillard juste à l'heure pour toper mes camarades de classe en train de fumer devant l'entrée. Hâtez-vous leur dis-je nous allons être en retard. Quelques minutes n'importent pas me répondent-elles en choeur. Suis-je surprise d'entendre cette réponse de la part de celles qui ont passé, selon leurs propres aveux, leur scolarité à se faire punir? Pas vraiment. 

A faire de cajoleries, j'arrive à les faire monter à l'heure à la cafétéria où nous attend avec un air sévère la direction. Aujourd'hui, le thème c'est le remontage de bretelles. 25% des parents ne se sont pas présentés aux convocations, les gamins ne révisent rien et l'ambiance générale semblent être à l'épilage de mouches. Les parents subissent avec un sourire en coin. Sur 30 enfants des deux CE2 nous sommes 18. Nous prenons donc pour ceux qui, comme d'habitude ne sont pas venus. Ca me rappelle le lycée militaire et sa manière imparable de décourager les bonnes volontés. Les longs discours de l'adjudant-chef pour nous encourager à dénoncer le pauvre gars qui nous gâchait la matinée...

J'ai du fermer les yeux quelques instants, impossible de dormir avec tout ce bruit. J'observe le directeur qui, les mains sur les hanches, continuent de nous sermonner. Il s'interrompt brutalement des questions ? Invariablement on se tape la simplette qui se prend pour un génie. Depuis deux ans, elle a gagné le prix des questions inutiles et mal formulées. Elle s'embrouille, reprend ses phrases, tout ça pour nous dire que le programme est trop dur pour elle et qu'on ne devrait pas imposer à son fils de faire des divisions puisqu'il vient juste de comprendre les multiplications. Pourvu que le QI ne soit pas héréditaire. On t'explique cocotte la division et la multiplication c'est le même raisonnement. Il suffit de connaître ses tables. Elle roule des yeux comme un cheval affolé. Je la regarde incrédule essuyer quelques larmes. Vient-elle de comprendre les raisons de ses échecs scolaires ? Arrête me dit ma voisine elle est perdue, elle est foutue de reposer une question. Tout le monde fait diversion pendant que je mets du temps à m'en remettre; elle pleure.

Enfin après nous avoir fait promettre d'être sages et de faire nos devoirs, non d'avoir des enfants sages qui font leurs devoirs, le directeur s'en va. L'ambiance s'allège, les conversations reprennent. Nous discutons des fameux gogos. Vous avez cette engeance en France ? Des petits osselets en forme de bonhomme qui se jouent comme des billes. Eloïse m'a fait arpenter toute la ville pour en acheter et limite m'a traitée de vieille quand je lui ai demandé à quoi ils ressemblaient. Ce matin, j'ai même pu donner des adresses aux mamans encore plus "vieilles" que moi débordées par le marketing nippon.

La rage

Autant j'étais vaguement neutre quant à l'idée de travailler autant j'avais une hostilité idéologique envers les stages. Je veux bien comprendre qu'on soit payé à la catapulte les premières années d'activité professionnelle pour combler le manque d'expérience mais je refusais épidermiquement de travailler "pour voir". J'étais dans une impasse aggravée par de très sérieux problèmes financiers. Je n'avais pas les moyens de faire un stage. De plus, par orgueil très mal placé je n'avais pas voulu demander une bourse de thèse malgré ma mention très bien. J'avais la sensation d'être un renard condamné à se ronger la patte pour se sortir du piège.

C'était le moment idéal pour rencontrer les pires ennuis et ils se sont bien sûr présentés à ma porte sous les traits d'un  homme mûr et marié décidé à prendre une année sabbatique à l'université. On aurait dit un lion guettant les gazelles malades. Je n'avais aucune chance. Une histoire banale à en pleurer. Il allait partir, demain ou après-demain. Un an à guetter le téléphone, à espérer, à parler de voyages que nous ne ferions jamais. Un an de mensonges que j'avais envie de croire. Et puis un matin sous le miel d'un mensonge de plus, la phrase qui a déclenché la pluie. Tu m'aimes plus que je ne t'aimerai jamais. J'ai su instantanément qu'il disait vrai. Je suis descendue de sa voiture, je ne l'ai jamais revu. Je pouvais accepter beaucoup de choses mais pas ce déséquilibre. Je n'ai jamais rien eu d'une Pénélope. J'ai marché en aveugle sur le trottoir irrégulier, je voulais garder le dos droit, ne pas m'effondrer, j'étais en robe d'été et j'avais froid. Je crois que je n'ai jamais autant pleuré. Le sortir de mes veines me paraissait impossible comme le disait ma mère, ce n'était pas de l'amour mais de la rage. Je me souviens que j'ai crié, tapé dans les murs, beaucoup dormi. Un matin, je me suis réveillée moins triste, le lendemain presque joyeuse. Il ne me restait plus rien à perdre j'ai répondu à des offres de stage....

24/06/2009

Transfert de propriété

Curieusement alors que tout est notarisé, ce n'est pas le notaire le plus important dans l'achat d'une propriété au Chili. Dans l'étude on signe une promesse de vente ou un accord de vente et on dépose l'argent mais le vrai maître des lieux est le conservateur des hypothèques. C'est lui qui décidera de l'inscription du bien au nom de nouveau propriétaire et qui libèrera le paiement. Les coûts sont très raisonnables puisque nous avons réglé environ 750 euros contre 14 000 pour l'acheteuse française.

Notre vendeur qui a mis plus de deux semaines à nous fournir les papiers pour cette procédure trépigne désormais. Il voudrait toucher son argent. Pas de panique répond notre avocat, les papiers sont parfaitement en règle, il est important de continuer la procédure tranquillement.  Pas de soucis donc même si nous avons commencé les travaux dans une maison qui, légalement, n'est toujours pas la nôtre. Il semblerait que tout le monde fait comme cela.

Autre accord typiquement chilien nous avons obtenu de payer un sixième du prix en 15 mensualités sans intérêt. Je  n'en suis toujours pas revenue qu'il ait accepté avec une hypothèque tout de même en garantie. Hypothèque qui nous a royalement coûté 50 euros. J'avoue que je me faisais une montagne de cet achat. Ce fut beaucoup plus simple que prévu. Le seul impératif que m'a répété mon avocat est de ne jamais versé une quelconque somme d'argent avant le notaire et de vérifier tous les titres de propriété. Et aussi curieux que cela puisse paraître un grand nombre de personnes ne respectent pas ces règles et se font flouer. Si tout continue sur cette lancée nous aurons les papiers mardi matin et nous pourrons enfin mettre les factures d'eau et d'électricité à notre nom, ce qui ne changera pas notre quotidien mais qui nous permettra enfin de démarrer notre société chilienne sans quémander l'autorisation de l'autre cinglée. Ce pourrait être également le premier pas pour justifier de notre stabilité économiques auprès des autorités chiliennes qui ne semblent pas vouloir admettre que le statut provisoire dans lequel ils nous maintiennent depuis deux ans est la cause de notre incapacité à nous établir professionnellement.....

23/06/2009

Deux pas en avant, trois pas en arrière

Nous avons fini par emmener Lolo visiter la maison en la prévenant au moins 20 fois à l'avance de l'état général de délabrement de l'ensemble. Elle a visité les jardins et les escaliers émerveillée et a choisi sa chambre. Pile poil là où nous allons mettre la nôtre, elle a du goût cette petite.

Olivier s'est pris de passion pour le chantier et plus précisément pour la partie électrique de la maison. Nous passons donc de longues heures pour choisir des modules de plaques d'interrupteur. Et je découvre bouche ouverte que les interrupteurs ne poussent pas tous faits dans les murs mais qu'ils sont composés d'un nombre impressionnant de parties démontables qui coûtent un petite fortune chacune. Bien sûr, nous sommes tombés amoureux d'un modèle en verre translucide très élégant atrocement coûteux que personne ne distribue. Nous errons de magasin en magasin pour en trouver quelques uns oubliés dans les stocks. Sur les 64 nécesssaires nous en avons déniché 14. Oui j'ai compté il en manque 50.

Pendant ce temps, Calina s'est persuadée que son petit avait un problème de santé et multiplie les examens inutiles. Elle travaille donc ici en pointillé m'obligeant à des contorsions d'agendas douloureuses pour gérer le chantier. Elle a, en plus, trouvé indispensable de déménager ce week-end et n'a pas d'école pour son fils. Qu'allons-nous faire à ce sujet ? me demande-t-elle. In petto, je me dis qu'elle me connais décidemment bien mal et me transférer ses problèmes ne va pas arranger ni mon humeur ni ma bonne volonté. Je n'ai pas d'idée précise quant à l'éducation de votre fils. Non je voulais dire j'ai besoin de ma journée. Prenez un jour de vacances. Ah soupire-t-elle d'accord.

Direction l'école où la comptable m'explique impertubable qu'elle sait facturer mais pas déduire de l'argent qu'ils me doivent. Qu'allons-nous faire ? C'est la journée mon problème devient le tien ou quoi ? Vous allez me rembourser ? Oui sourit-elle ça je peux.

Me voilà riche de sacs de ciment, d'une hotte, d'interrupteurs, de briques de verre et d'une maison à refaire, d'une nana enceinte jusqu'aux yeux. Forcément je me sens mieux....

20/06/2009

38 ans

J'ai 38 ans aujourd'hui et je suis toujours d'aussi bonne humeur. Franchement j'ai du mérite. Comme si mon entourage s'acharnait à me faire craquer. A commencer par mon mari que mon positivisme exaspère et qui, visiblement préférait vivre avec une râleuse. Il parle déjà de jeter mon livre au feu. Ensuite les enfants qui viennent m'embrasser au lit ce matin et qui s'obstinent à me piétiner, à m'assomer dans leurs embrassades un peu trop franches.

Enfin the last and the least, la cour est recouverte du contenu des fosses sceptiques et le soleil farceur brille joyeusement au-dessus de ce cloaque. Il faut nettoyer. Nous avons un Karsher tout neuf, qui ne fonctionnera pas bien sûr. Armées de balais, Tatiana (la nana du samedi) et moi nous attaquons le problème. Ce sont peut-être les effluves, l'effort ou l'absurdité de passer son aniversaire à faire cela pendant que mon mari joue à l'ordinateur et se plaint qu'on l'envoie acheter trois bouteilles de chlore, mais nous sommes prises de tels fous rires que nous manquons à plusieurs reprises de tomber dans la fosse.

Ma pensée positive, c'était que ma vie change, je me demande si je ne devrais pas mieux définir le changement...

19/06/2009

La mousson

C'est le jardin du voisin qui centralise l'eau qui coule. Il pleut deux fois par an au bled mais du coup nous sommes plus près de la mousson que de la bruine angevine. L'eau qui monte est celle des égouts coeurs sensibles s'abstenir. Inquiète de voir cette marée nauséabonde flirter avec le sol de ma cuisine, j'appelle le voisin. C'est un ancien de la Marine 75 ans au compteur. Charmant mais dépassé, il entre chez moi en pleurant, que vais-je faire c'est un désastre ! Appeler quelqu'un pour déboucher vos égouts ? Oui mais ils ne viendront pas avant demain. Chouette demain je serai inondée. Je le lui dit le plus calmement possible, ce n'est pas le moment que son coeur lâche. Il se tourne vers moi émerveillé. Je n'en reviens pas de rencontrer une personne aussi impassible.

Je mets trente secondes à me demander s'il se moque de moi ou s'il est sérieux. Non le gentleman pense ce qu'il vient de dire, à votre place ma femme serait déjà en train de crier. Ce qui, soyons honnêtes, ferait baisser immédiatement le niveau de l'eau. Je n'ai pas le coeur de crier sur pépé. Je le regarde partir tout branlant sur sa canne. Pourvu qu'il ne tombe pas me dit Calina, elle a raison vu le niveau d'eau, il lui faudrait nager pour s'en sortir. Et les marins ne savent pas nager.

Incapable de regarder plus longtemps la démarche dangeureusement hésitante de Don César, je retourne lire mes mails. Dans le spam git un courriel du directeur de l'école de Lolo. Trois nouveaux cas de grippe porcine. Restez calme nous vous en conjurons. Ca tombe bien , je suis impassible qu'il paraît.

Pendant ce temps, la proprio pleure par Internet. Je ne suis pas la déesse de la pluie c'est dommage, je ne peux rien faire. Noter la folie des grandeurs de cette maniaque qui évoque les Dieux pour ne pas avoir à affronter ses responsabilités en terme de toit étanche. Ma journée s'éclaire, j'avais failli renoncer à mes bonnes résolutions, le fou rire me gagne...

Le secret

Samedi dernier à la fin de la semaine noire autant dire que j'étais passablement énervée. Sur le point de baisser les bras également quant au sujet du visa et de l'absurdité administrative à laquelle nous étions confrontés. Une amie franco-chilienne m'a appelée pour tenter de me faire réagir. Tu ne changeras pas le pays me dit-elle, suis les règles, montre leur que tu te bas. Olivier dans la soirée s'est assis près du feu avec moi. Que nous apporterait ce visa que nous n'avons déjà ? Dans l'absolu rien. Alors pourquoi ne pas décider de suivre leur avis ? Tu veux te battre pour quelque chose qu'ils ne veulent pas nous donner ? Non pas vraiment. Restons dans les règles du provisoire et utilisons sotre énergie sur un autre dossier.

Mes mâchoires se sont desserrées sur le champ. C'est devenu leur problème pas le mien. Idem pour l'assurance qui ne veut pas assurer l'immeuble. Personne ne veut le faire m'affirme l'agent. Désirez-vous assurer votre maison ? me demande la banque. Le contrat est signé, mais les conditions ne vont pas être bonnes me rappelle l'agent. La maison est assurée c'est forcément meilleur que rien ! Elle vient de perdre un client c'est devenu son problème.

La crèche de Maxence nous appelle, ils ont un cas de grippe porcine, surtout ne paniquez pas. Maxence va bien pour le moment il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Ouf me dit l'instit vous êtes la première mère à rester calme au téléphone. Il faut dire qu'entre temps, j'ai lu le Secret. Vous connaissez ? J'ai dévoré aussi toutes les critiques et les acccusations de sectes. Le secret ou la force de la pensée positive. Et j'ai décidé que le fait d'avoir un toit (enfin deux), des enfants en bonne santé et de la nourriture sur la table feraient de ma semaine une bonne semaine. La liste des choses à faire diminue jour après jour. Les problèmes se résolvent quand ils apparaissent, notre vie n'est pas devenue un champ de pétales de roses non plus. Simplement nous essayons de retrouver une perspective et de redonner aux événements une échelle plus juste. Et pour le moment je regarde l'eau monter autour de la maison suite aux pluies torrentielles tout en écoutant les menaces de la proprio qui refuse de régler le problème mais exige que nous payons immédiatement le loyer. Je sens que sa maison qui part en biberines va devenir son problème dans 7 petites semaines.

15/06/2009

Trop jeunes pour mourir

Nous continuons d'errer sans fin entre des rayons de tubes, de plaques de placoplâtre, d'isolants et de choses dont nous ignorons le nom ou la fonction mais dont nous avons apparemment besoin. J'ai enfin trouvé un toilette pour jardin d'enfants pour Maxence. Nous avons un gardien sur le chantier et les fenêtres sont en cours de fabrication.

De temps en temps nous levons nos yeux de nos listes pour regarder les jeunes d'Iran manifester. Je n'ai jamais pensé que ce régime était démocratique ou sympathique mais toute cette agitation m'effraie. Evidemment la fraude électorale est plausible mais les conditions n'ont pas changé depuis la dernière élection du même président. A chaque allusion à la "révolution" je pense aux étudiants de Tian' anmen. Je me souviens comme l'Occident a frémi, les a soutenus et les a laissés mourir. Que dire aux familles qui ont payé les balles ? Que nous sommes désolés d'être si lâches ? J'ai peur pour la vie de ces étudiants qui se croient soutenus par le nouveau maître du monde et qui seront fouettés en public sans intervention pour cause de "real politic".

C'est étrange comme on n'est plus pressé de mourir à 30 ans quand on va en avoir 38.

13/06/2009

Entrée en résistance

Alors que ma mémoire est notoirement éléphantesque, j'oublie systématiquement les dates. D'où la nervosité d'Olivier quand on me demande la date d'anniversaire de ma fille et, qu'invariablement je me trompe. Les gens vont finir par croire que nous l'avons enlevée. Avec l'inversion des saisons au Chili, les choses se sont encore aggravées et je dois consulter un calendrier pour vous dire quel jour nous sommes. Je vis depuis mon enfance dans le syndrôme de Peter Pan, le temps n'a pas de signification pour moi. Et je me pince régulièrement pour croire que je vais avoir 38 ans dans quelques jours.

Ce n'est donc pas par coquetterie ou effet stylistique "grand Meaulnes" que les années K. ne sont pas datées. Elles suivent une chronologie personnelle entre deux batailles décisives. Je ne connais qu'une date fixant le début de mon entrée en résistance : les grandes grèves de 1995. Vu l'impact qu'elles ont eu sur moi, j'ai longtemps espéré qu'un sociologue finirait par sortir une analyse de leur impact sur ma génération. Rien n'a été publié de tel. Il faut donc croire que ce fut sans importance après tout. Au début c'était étrange presque drôle, Paris embouteillé puis vide, plus de factures, plus de courriers, les longues ballades à pied, la paralysie soucieuse, les grilles de métro baissées et le froid mordant. J'ai vraiment cru que le grand soir allait arriver et en Parisienne, je découvrais ce qu'avaient du ressentir les Parisiens durant l'occupation : le piège de la vie urbaine.

Et puis un matin, le métro a repris et, la vie continuait. Enfin, presque, j'ai lu quelques mois plus tard que la RATP avait perdu presque 10% de ses clients. Vraisemblablement des personnes qui avaient su s'organiser et qui avaient préféré éviter de revenir. Je ne pouvais pas faire comme ces "radicaux" mais j'ai réussi à rester une grande marcheuse par la suite. Mais peu importe que je sois revenue sur les quais du métro. Une partie de mon âme est partie durant ces grandes grèves. Un détachement méfiant face à une société que je ne comprenais pas. La sensation que nous avions frôlé un tournant historique et la déception de voir que tout revenait à la normale. Mon entrée en résistance s'est faite à ce moment et je regardais incrédule le monde tourner comme avant.

J'ai ressenti la même chose avec la crise économique (à une échelle mondiale forcément plus impressionnante) que nous sommes en train de vivre. Dans notre entourage proche, les dominos s'effondrent et nous assistons impuissants à la disparition du monde que nous connaissions. Je ne crois pas les journaux quand ils affirment que la reprise est pour demain, il y a une perte de confiance énorme et les Chinois avec leurs réserves énormes seront les acteurs prédominants dans ce monopoly géant. En parlant avec  nos amis, nous découvrons que nous ne sommes pas les seuls à être sortis du système bancaire, à refuser l'endettement. L'or redevient un investissement envisageable, la terre aussi. Je ne sais pas si des études seront faites mais 2008 représentera l'entrée en résistance d'un certain nombres de personnes. Bienvenue de ce côté-ci de la force, il n'y fait pas plus sombre...

11/06/2009

Y'a des semaines comme ça...

Si on vous dit que le Chili c'est la Suisse de l'Amérique du Sud, retenez surtout Amérique du Sud. C'est le Far West ici comme ailleurs sur le continent. Cet après-midi, nous sommes allés vérifier l'avancement des travaux. Nous remarquons une coulée d'eau sur un mur et montons vérifier la salle de bains au-dessus. Le meuble d'évier git béant sans robinet. La fuite est récente, le vol vient d'avoir lieu avec des ouvriers tout autour. Ouvriers que je ne soupçonne pas puisque je leur avais proposé de prendre tout le matériel qui restait. Du coup, ce soir vient dormir une personne sur le chantier et, dès demain, je vais aller discuter de l'installation de l'alarme.

On va dire que c'est notre semaine noire puisque lundi le père du chef électricien est décédé. Nous voici bloqués depuis trois jours en l'attendant. J'en ai profité pour aller refaire mon papier de visa volé et apprendre qu'étant instable économiquement, mon visa définitif m'était refusé et que j'allais rester en résidence provisoire. C'est d'un comique absolu. Un an de plus pour prouver ma stabilité économique au Chili sans pouvoir ouvrir de compte en banque, sans pouvoir investir et avec un statut de "sous-client" puisque les livraisons me sont refusées. Un an d'instabilité supplémentaire pour prouver mon équilibre, il fallait être fonctionnaire pour inventer la notion. S'ils continuent sur cette lancée, je vais rester avec un visa de tourisme renouvelé tous les trois mois et basta, ma vie n'en sera pas plus compliquée !!!! Le plus drôle est que tous les quotidiens nationaux geignent en coeur de la fuite des capitaux vers le Pérou où il semblerait qu'investir soit possible. Et tous les expats travailleurs indépendants racontent les mêmes déboires avec les banques et l'administration. M'est avis qu'ils ont oublié de se concerter...

 Vivement lundi que la semaine noire se termine.

09/06/2009

Marchands de tapis

On ne négocie pas beaucoup au Chili. Le meilleur que l'on peut obtenir est un décompte mais les vendeurs préfèrent perdre une vente que de baisser leurs prix. C'est encore plus vrai dans l'immobilier. Personne ne paie le prix affiché car il est délibéremment trop élevé mais les offres faites partent de ce prix pour déduire entre 10 et 20 pour cent. Nous avions décidé de faire autrement : ne pas tenir compte du prix demandé et proposer la valeur réelle de la maison. Les agents immobiliers se sont étranglés, certains ont même refusé de transmettre nos offres aux propriétaires qui, nous l'avons appris plus tard, était prêts à les entendre. Nous avons fini par trouver un vendeur ayant besoin justement de la somme offerte et d'un agent immobilier comprenant que 2 pour cent de rien font rien. Tout le monde est content et notre entourage ouvre des yeux ronds en apprenant le deal. Comment avez-vous fait ?

Enchantés par cette première victoire, nous sommes partis à l'assaut de l'achat de matériel. Direction une grande surface de bricolage. De l'aveu du chef de rayon, ils s'étaient trompés dans leurs achats et avaient un sol de liège que personne ne souhaitait acheter. Le matériau est nouveau et les Chiliens sont en plein "effet parquets laminés". Nous lui proposons de lui acheter son stock à prix coûtant. Danse des appels à Santiago des calculatrices, des je peux, je peux pas. Nous y passons la journée profitant de l'attente pour acheter une liste à la prévert. Le vendeur Jaime qui nous accompagne est sidéré, personne ne négocie jamais ici. Vous avez dérangé le gérant pendant son repas et vous lui dites que son rabais n'est pas suffisant ! Moi même j'ai du mal à y croire. Il me regarde comme si j'étais un mélange de Lara Croft et de Calamity Jane. J'aimerais avoir un dixième de la confiance ne moi qu'il m'accorde. A l'intérieur, je serais plutôt un croisement malheureux entre un paresseux et un lapin.

Rayon des urinoirs, impertubable je me fais expliquer le montage. Le vendeur m'affirme ils sont tous installés de la même manière. Peut-être je n'en ai jamais utilisé. Il lui faut quelques secondes pour approuver. Itou au rayon isolant où je sors ma science téléchargée la veille. Jaime tombe en arrêt vous avez lu tout ça avant de venir ? Le gérant nous rappelle voulez-vous attendre le retour du chef de rayon demain pour vous décider ? Non; vous êtes le décisionnaire, décidez. Retour sous l'arbre à palabres au rayon tapis. Il est fatigué pas Olivier, la négociation c'est son sport préféré. Voyant que nous allons partir sans rien, il cède. Nous rentrons satisfaits et épuisés. Jaime est radieux. Vous êtes des clients vraiment spéciaux. Il a fait son quota du mois en une journée et il a vu Don Michel négocier. Je pense qu'ils vont afficher nos portraits à l'entrée sur la liste noire...

08/06/2009

Peut-on supprimer la fête des mères, des grands-mères et la sainte Sophie ?

Je vais finir par mériter la médaille de la pire progéniture de l'hémisphère ouest. Déjà, j'avais zappé ma mère pour la fête des grands-mères. Quoi ma mère elle n'est pas si vieille ai-je répondu à ma soeur qui tentait de me faire appeler. Vieille c'est à voir mais grand-mère si. Zut. Elle ne m'en a pas voulu.

Et là de nouveau hier, pertubée par la perte de mon sac et les plans de la maison, j'ai encore oublié ma mère. A ma décharge, ce n'est pas le même jour ici et je n'avais plus la télé française suite à une crise cardiaque inexpliquée à ce jour du modem de la télé. Je l'ai encore appelée en décalé. La honte totale. Comme elle a également oublié ma fête, nous sommes quittes pour attendre nos anniversaires communs pour nous parler. Je crois qu'elle ne sait même pas que j'ai acheté une maison. Y' a vraiment de quoi faire la fête ?

La famille 

Encore du Botéro que je n'appréciais pas vraiment avant de le voir en plein air.

06/06/2009

Vol à la tire dans Renaca

Nous sommes allés prendre un café après avoir mesuré la maison dans tous les sens. Le sac à main avec les appareils photos et les papiers de la maison posé devant nous sur la table. Nous avons sorti un bloc note pour dessiner des plans. Trente secondes plus tard, je lève les yeux plus de sac.

Je n'ai donc plus d'appareil photo, plus de caméra, plus de papier d'immigration, plus d'écritures notariales de la maison et plus de tamagoshis pour Lolo qui l'ignore encore. Ce sont les papiers qui me stressent le plus. Comme si je n'avais que ça à faire. Ce blog va donc être sans photo le temps que je récupère un appareil photo.  Aurant vous dire que je suis d'une humeur de chien et bien décidée à faire le guet dans le même café pour toper le malfrat. Ce type de vols est désormais commun à Renaca petit village autrefois tranquille. Si vous venez visiter, soyez avertis pas une personne qui ne ce soit fait voler dans notre entourage ces derniers six mois.

04/06/2009

Petit scarabée est mort

Et avec lui une partie de mon enfance, c'était mon héros.

Carradine

01/06/2009

Design et casseroles

Petite escroquerie classique avec l'entrepreneur nous ne pouvions quasiment rien changer pour le prix d'un oeil bionique. Rénover sans rien changer au prix du neuf, quelle affaire. Nous n'avions visiblement pas les moyens de nos ambitions. La seule façon de faire était d'acheter nous-mêmes des plinthes aux cache-câble en passant par le plancher de liège. Ce matin, petite virée par les rayons bricolages, Olivier a l'oeil vague mais subit sans broncher.

Pour valider nos idées, nous filons dans les boutiques chic du centre ville "designer" de salle de bains. L'endroit est rutilant. La vendeuse perchée sur ses talons met 5 minutes à s'enquérir de la raison de notre présence dans ce temple. Il n'y a aucun prix, ce qui vous oblige à demander pièce par pièce pour vous faire une idée d'ensemble. A chaque fois, elle retourne lire le prix sur son ordinateur. Je finis par lui demander si elle n'a pas une liste pour aller plus vite. Non il nous faudra trente minutes pour obtenir un devis écrit. Selon Olivier c'est une technique pour nous empêcher de comparer et nous obliger à acheter sur un coup de tête. Selon moi, ce fut la meilleure façon de me faire quitter au pas de course cet endroit maudit. Il reste qu'il me faut une cuisine. Je retourne réticente dans la même rue. De nouveau les spots et la vendeuse top modèle. Elle soupire à chaque question. C'est d'un commun tout de même cette manie de vouloir connaître le prix d'une cuisine ! Lentement mais sûrement la moutarde me monte au nez. J'utilise mon pire espagnol spécial gringa pour lui demander avec ma bouille d'ingénue. Vous vendez des cuisines n'est-ce pas ? Je ne me suis pas trompée de lieux ? Elle lève les yeux au ciel, je sors dans la foulée. Je suis toujours sans cuisine mais bon sang que ça fait du bien !!!!

28/05/2009

Pour 10 euros t'as plus rien

Pour répondre à histoires de et à un peu plus à l'Ouest voici ce que vous pouvez acheter sur le marché pour une dizaine d'euros.

1O euros

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Damien Guinet
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